015-CONCOURS/OTUA/2008



 
Le projet de la Maison de l’Architecture s’installe à Grenoble, sur la place Saint Bruno, au sein du quartier Berriat. Il est un pivot dans le tissu urbain, le quartier populaire de la ville, endroit de mixité sociale, de convergence d’activités, de rencontres.

La Maison de l’Architecture s’inscrit comme un acte d’ouverture sur la ville et ses usagers. Sa façade est binaire ; un bloc d’inspiration haussmannienne, reconnaissable et appréhendable comme tel par le regard, et un voile - métaphore de la ville- recouvrant la Maison en tant que telle. Ils se touchent, symbole clair et fort qu’une ville se construit par étape et qu’elle peut en respectant les sensibilités se développer sans se diviser. La façade offre aux regards de tous une vision métaphorique de celle-ci ; le plan de la cité est déroulé sur toute sa longueur. La Maison de l’Architecture s’habille de l’histoire de la ville et la rend compréhensible. Ce voile est la représentation de la cité, de ses rues, de ses places, de ses immeubles.


Maitre d'Ouvrage : OTUA
Lieu : Grenoble (38)
Calendrier Opération : Février 2008 - Mars2009
Surface : 700m² SHON
Budget : nc


Ce projet a reçu la mention spéciale du jury

  Une vision nouvelle de sa ville


La galerie d'exposition suspendue à la façade


La toiture jardin


La maison de l'architecture au crépuscule

Le projet de la Maison de l’Architecture s’installe à Grenoble, sur la place Saint Bruno, au sein du quartier Berriat.  L’enjeu du projet imposait le choix d’un site singulier porteur de sens, soucieux de s’incérer dans la trame urbaine et de participer au développement de la ville, qui étend ses activités culturelles dans cette partie de la ville. Le choix du quartier est ainsi  primordial car il doit correspondre au projet,  à ses enjeux et à son rayonnement.

Le quartier Berriat est un pivot dans le tissu urbain, il marque la fin de la typologie haussmannienne et ouvre sur une typologie plus libre, dégénérescente, faite d’auto construction et de gestes isolés et généreux. Il est le quartier populaire de la ville, endroit de mixité sociale, de convergence d’activités, de rencontres. La place du marché, et son affluence, situé sur la place Saint Bruno, en témoigne. Ce quartier est par définition multiple et point de transition dans la ville. Cette position doit être soutenue et encourager. La Maison de l’Architecture s’inscrit alors comme un acte d’ouverture sur la ville et ses usagers. Elle se positionne entre le parc et la place du marché, elle n’empiète ni sur l’un, ni sur l’autre. Elle est dans l’acceptation du site et de sa multitude. L’espace est clairement défini, ici le parc et là, la place du marché. Elle reprend l’alignement des derniers ilots haussmanniens, conservant ainsi la logique de traversé de la place et laissant libre le regard de s‘échapper vers les montagnes toutes proches.

La Maison de l’Architecture assume ce rôle de pivot urbain et se positionne afin de le figurer dans une volonté de compréhension de la ville par ses habitants. Le bâtiment est donc composé de deux entités plastiques distinctes : un bloc accueillant les logements, qui reprend en la réinterprétant de manière contemporaine la typologie haussmannienne, et  le corps de la Maison de l’Architecture à la façade onirique et généreuse, en hommage à la naïveté constructive du quartier. Ce positionnement ancre le projet dans une logique de développement durable qui ne se limite pas au processus de construction, il gère efficacement son statut et son histoire. Il ne s’agit pas d’investir la place en implantant un bâtiment fort, gratuitement extravagant. Ici point d’orgueil démesuré ni d’arrogance mais tout simplement une cohabitation et peut être même une harmonie. L’influence visuelle sur le voisinage est maitrisée, il ne s’agit pas d’imposer une empreinte architecturale défiant les constructions voisines dans une course à la monumentalité. Le projet cherche au contraire l’intégration. Jamais la Maison de l’Architecture n’occultera le droit au soleil et à la lumière des constructions voisines. L’implantation des bâtiments a été étudiée pour limiter les ombres portées en hiver et pour bénéficier des meilleures expositions climatiques.

La Maison de l’Architecture est un élément de compréhension et de promotion de l’architecture. Elle doit donc, de fait, proposer une organisation claire et reconnaissable aussi bien par les usagers que par les visiteurs et les passants. On a peur que de ce que l’on ne comprend pas. Le bâtiment se doit d’être amical pour inviter à la découverte.

Sa façade est binaire. Le bloc d’inspiration haussmannienne, reconnaissable et appréhendable comme tel par le regard, et le voile - métaphore de la ville- recouvrant la Maison en tant que telle. Leurs accès sont séparés afin de faciliter les usages. Le centre aux horaires d’ouverture conventionnelles est autonome, et les logements aux fonctionnementx aléatoire, aussi. Ils se touchent, symbole clair et fort qu’une ville se construit par étape et qu’elle peut en respectant les sensibilités se développer sans se diviser. L’ancien et le neuf, les logements et les commerces, les riches et les moins riches, l’histoire et le présent peuvent cohabiter et créent quelque chose de merveilleux. Le projet célèbre l’onirisme et la générosité de ce quartier populaire fait d’acceptation et d’espaces de liberté.

Puisque pour comprendre l’architecture il faut comprendre sa ville, la façade offre aux regards de tous une vision métaphorique de celle-ci ; le plan de la cité est déroulé sur toute la longueur de la façade. La Maison de l’Architecture s’habille de l’histoire de la ville et la rend compréhensible. Ce voile est la représentation de la cité, de ses rues, de ses places, de ses immeubles. Chacun peut des lors contempler son lieu de vie tel un tableau géant, s’y repérer, tourner autour, se rapprocher, s’éloigner, le voir varié au gré de la lumière… Cela créé une identité singulière et marquante dans l’imaginaire de tous. Parce que comprendre c’est la possibilité d’aimer, alors la façade offre aux habitants la possibilité de comprendre leurs villes et de l’aimer. La représentation qu’elle offre de la ville se dessine sur le vitrage situé en arrière au fil du temps, des saisons, du ciel, de la lumière. Son expérience est double, une fois à l’intérieur elle recréé, avec pour motif son horizon, une ville en contre-jour. Elle est faite de caissons de tôle plate martelée qui réagissent à la lumière et ses variations. La malléabilité de l’acier permet de les découper numériquement et d’offrir une réalisation parfaite.

La Maison de l’architecture est donc amicale et invite à la découvrir. Son rez -de -chaussée est ouvert sur la ville et ses habitants, reprenant la typologie commerciale du niveau sur rue traditionnel, des stores Bleu Klein se glisse sous la façade et dialogue avec les échoppes alentours. Il est largement vitré et transparent en geste d’ouverture aux passants. Les stores offre une protection solaire passive simple et efficace. Sur le toit se dessine un jardin où l’on voit se mouvoir les gens, au sommet de la ville. Il reprend le mythe des jardins suspendus et offre un espace privilégié à tous.

 

Le bloc haussmannien accueil les logements et permet un accès indépendant à cette partie à l’utilisation aléatoire. Il est habillé de panneaux métalliques laqué noir et des caissons en tôle plate blanche créé une interprétation contemporaine de cette typologie. Les logements en duplex permettent de recevoir pour un court terme (Conférence, Workshop, Intervention) des intervenants et de leurs offrir une vraie autonomie. Ils s’ouvrent sur la place et le parc.

Le premier niveau de la Maison de l’Architecture se positionne entre parc et place, il est le lieu de l’accueil qui reçoit et présente les activités aux visiteurs. La cafétéria s’y trouve également, tel un bar classique, sa vitrine occupe la rue et sa terrasse déborde sur la place. Cette typologie permet à chacun de sentir à son aise et de pouvoir découvrir les activités de la Maison de l’Architecture.

La partie administrative se situe directement après l’accueil, facilitant les échanges et la communication du centre. Chaque bureau est indépendant, englobé par l’ambiance climatique interne. Ainsi au sud du premier niveau une serre, plantée de bambous qui s’élancent vers le ciel, sert de rideau végétal contrôlant l’apport solaire en été et contribuant au rafraichissement de l’air. Le système énergétique du bâtiment est complété par un puit canadien qui diffuse son air via la double peau des circulations verticales. L’air est réchauffé par le sol en hiver et refroidi en été, permettant ainsi sans apport calorique de conserver une température intérieure agréable et constante. Un épais mur de béton situé en partie nord participe à l’inertie du bâtiment en emmagasinant et restituant la chaleur. Enfin 60m² de cellule photovoltaïque contribue en partie au besoin en énergie du bâtiment, et une toiture végétalisée permet de retenir les eaux de pluie et ainsi assurer une plus grande inertie.

Depuis l’accueil les circulations verticales s’élancent vers le haut. Leurs double peau vitrée laisse passer la lumière des niveaux supérieurs et invite à les découvrir. Dans une volonté de compréhension de l’architecture par les utilisateurs, tout est alors clairement identifiable ; la méga structure en acier, la façade et sa peau, les circulations verticales, les passerelles distributives, les fonctions et leurs hiérarchies. Tout est clair, la Maison de l’Architecture est compréhensible et permet de ressentir l’architecture pleinement. L’espace s’organise afin de procurer une expérience des volumes, de la lumière, des ombres et des cadrages. Le programme investit le volume total sans toutefois construire à outrance. De simples volumes en suspension dans l’espace créent différentes sensations et expériences.

La bibliothèque – photothèque se situe sur un grand plateau au premier niveau, directement accessible depuis l’accueil. Au dessus d’elle les volumes des ateliers définissent l’espace. Il n’y pas de plafond, simplement de l’espace, il n’y a pas de zones strictes et déterminées, simplement des variations de hauteurs. La déambulation est rythmée par les variations de la façade, la lumière filtrée et ses ombres, les échappées visuelles vers le haut. Le plateau s’arrête en suspension au dessus de la serre qui se déploie et offre un lieu paisible de lecture et d’échange. Dans cette volonté d’exploration des espaces, les circulations verticales jouent un rôle majeur. En s’élançant vers le ciel, elles se glissent entre les volumes, jouant sur les compressions et les ouvertures, et offre une prise de hauteur sur la ville dessinée par la peau de la façade.

Les ateliers en suspension au dessus de la bibliothèque accueillent les activités pédagogiques. Ils se fixent sur la structure qui vient délicatement se vriller et s’affiner pour les recevoir. Deux d’entre eux cadrent pour l’un sur la place et, le parc pour l’autre,  offrant des cadrages sur des éléments forts du contexte. Le troisième se glisse entre la peau et expérimente ses ombres et sa vision de la ville. Ces ateliers offrent des espaces de travail intimiste, propice à la création et au travail collectif. Leurs morphologies leurs permet d’être clairement reconnaissable par les enfants. Ils se parent de panneaux métalliques bleus antidérapants qui offrent une vision esthétisé d’un matériau industriel et la faculté d’adaptation de l’acier. Ils recouvrent tout le volume permettant de pouvoir évoluer dessus. Ainsi dans un souci de gestion l’espace construit, le toit des ateliers est le lieu de l’exposition. Le visiteur est sur le toit de ces derniers mais découvre une scénographie particulière.

Cet espace est libre, suspendu dans le vide, il embrasse la ville, ressent la peau, le volume intérieur. La scénographie peut être multiple, évolutive. La hauteur sous plafond est importante par endroit, permettant d’exposer de grandes pièces, plus faible et intime, à d’autres, permettant de se focaliser sur certains éléments. La maison de l’architecture exprime ici toutes ses facettes. L’acier se déploie sous toutes les échelles ; la méga structure, la vêture, les circulations, les détails.  

L’auditorium placé au sommet du volume, s’oriente sur le clocher de la place Saint Bruno. Il propose une mis en scène de la ville et de ses toits, permettant d’organiser des conférences dans un cadre poétique. Les auditeurs ont pour toile de fond la peau de la maison de l’Architecture et la ville. La salle est évidemment totalement obstruable  afin de permettre des projections.

Enfin les circulations sortent sur le toit-jardin et propose un espace de rencontre, libre et ouvert à tous. Cet élément extra programmatique permet à chacun d’accéder au toit de la ville, au paysage et ses montagnes. C’est un endroit généreux où l’on peut flâner, lire sous l’ombrage de la pergola, contempler la ville, laisser son regard s’évader, ou tout simplement offrir ce que l’architecture peut faire de mieux, des rencontres et des émotions.

 

La Maison de l’Architecture est un point de repère amical dans le paysage urbain et une trace de l’histoire de Grenoble. Elle revendique son caractère onirique et généreux, célébrant le vivant, son époque et sa culture. Elle est ouverte sur sa ville et ses habitants revendiquant sa position fédératrice proposant de croire à la possibilité du vivre ensemble, de la cohabitation, de la compréhension mutuelle. Elle délivre simplement un message d’architecture généreuse, génératrice d’émotions et de rencontres…elle parle d’Architecture
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